KERMESSE 1 DISCIPLINE O – CANARD JOUE COMME FLAMAND PEINE

ImageReport de Vorselaar et Bruxelles, week-end du 15 et 16 septembre

 

 

Salut tout le monde,

 

Je vous avais quitté en plein milieu de la tournée irlandaise. La logique aurait voulu que je vous ponde la deuxième partie de cette tournée, mais si vous avez bien lu le précédent épisode, vous savez maintenant que la logique a été virée du groupe il y a bien longtemps. Et puis merde, je suis pas une machine, on peut pas être drôle tout le temps (ou si mais sans faire exprès, comme Ced).

Alors je vais vous parler ici de nos deux dates en Belgique. Ca paraissait une bonne idée à la base la Belgique mais vous allez voir qu’encore une fois rien ne s’est passé comme prévu. Ou alors c’était une subtile manœuvre de notre tourneur pour qu’on ne prenne pas la grosse tête après avoir joué au Hellfest. Mais si vous connaissiez notre tourneur, vous sauriez que la subtilité, il s’est assis dessus le jour où la médecine a prouvé que le flot continu d’insanités qu’il débite n’était pas du au syndrôme de Tourette . Mais bien à une volonté assumée d’être un gros dégueulasse. Je vous parlerai sûrement un jour de l’étrange personnage qu’est notre tourneur mais j’attends d’abord les résultats de son expertise psychiatrique.

 

La Belgique donc. Pour cette virée on a un nouveau dans le groupe. Il s’appelle Tonio. Il a pas vraiment l’air d’un italien alors ça doit être le diminutif de Antoine ou Anthony. Faudrait que je me renseigne. En même temps il y a peu, je croyais que Goose s’appelait vraiment Goose. Et puisqu’on est dans les surnoms, on a rebaptisé Xavier en Canardo. C’est parce que quand il est contrarié, il fait une tête de canard. Et il est est souvent contrarié, vu qu’il joue dans le même groupe que nous. Par contre ça n’a pas du tout l’air de le contrarier qu’on l’affuble de ce sobriquet ridicule. Il parle même de lui à la 3ème personne en donnant du  « Canardo est content » ou du « Canardo va faire une pause pipi ». C’est flippant. Et encore plus flippant, tout le monde dans le van trouve ça normal.

 

Pour recruter Tonio, notre nouveau sonorisateur donc, on avait établi un profil psychologique qui ne laissait rien au hasard. Il fallait qu’il ait au moins une oreille valide. Mais surtout 1. Qu’il ait l’habitude de côtoyer des êtres alcoolisés, pas trop évolués et un peu rustres . 2. Qu’il soit capable de nous séparer quand ça tourne au vinaigre. Et les cas de figures où ça peut dégénerer entre nous sont nombreux en cours de tournée. D’autant que le comique de répétition de Goose est une véritable machine de guerre capable transformer le plus zen des moines Tibétain en Hanibal Lecter shaolin.

Bref, dans l’idéal il nous aurait fallu un maître chien sourd d’une oreille mais au final on a pris Tonio parce qu’il remplissait les critères (que je vous invite à relire)  1. Il est de Guingamp  2. Il a été champion de musculation.

On tenait donc notre sonorisateur. Et en effet nous avons vite été rassurés. Venant d’une ville où on congèle des bébés à leur naissance, il aurait été quand même déplacé de sa part de trouver anormal qu’un membre du groupe se prenne pour un canard. Par contre un truc m’a un peu chiffonné : comment un champion de musculation peut il être moins baraqué que le moins baraqué du groupe. Pour décrocher la mâchoire de Ced de la veine jugulaire de Goose, faut un peu de force, croyez-moi.

Du coup je lui demande s’il n’aurait pas malencontreusement oublié ses muscles dans les côtes-d’Armor. Ou alors si il avait concouru dans la catégorie anorexique. Et ben figurez vous que la deuxième solution était presque la bonne puisqu’en fait, dans sa catégorie de poids plume, il était le seul a concourir. Et donc inévitablement le premier me dit-il. Exact, je rétorque, mais aussi le dernier non ? 

Cette pensée me donne le vertige et après un silence un peu gêné, on décide de ne pas plus l’humilier. On va faire des efforts pour ne pas se battre tiens, on est grands après tout et  déjà, s’il est capable de nous supporter ce sera un bel exploit. Et puis ses deux oreilles sont valides, c’est une oreille de plus que prévu dans le contrat, et deux de plus que chacun des musiciens du groupe.

Je pense qu’il se sentait presque le bienvenu jusqu’à ce que Ced le défie au bras de fer, histoire de voir s’il aurait eu le premier ou deuxième prix au fameux concours. J’ai donc l’honneur de vous annoncer que Cedric Dayot est le nouveau champion de Bretagne de musculation des – de 60 kilos. Et je me demande de plus en plus si Tonio va avoir assez de forces pour pousser les boutons de la console. Faut pas croire, on est fins psychologues mais inutile de lui dire que médaille d’argent c’est pas si mal, on sent bien qu’il a pris un coup sur la cafetière le pauvre vieux. Et je le comprends, j’ai moi même fait du sport. Perdre un titre, c’est une épreuve. Mais perdre contre Ced…

 

Sur cette belle leçon d’humilité, Canardo, qui n’est pas si fou, nous fait remarquer qu’on fait aussi de  la musique et qu’on a un peu de route pour cela. Le temps de dire à Tonio que non, on n’effectuera pas de test anti-dopage sur Ced et de dire à Ced d’arrêter de faire des tours d’honneur du parking avec son pot de tabac en guise de coupe, nous voilà en route pour faire ce que nous savons le mieux faire : tuer le temps dans le camion. Sauf que vu qu’on a décidé d’éviter de se mettre les nerfs, Goose se retient de nous imiter lamentablement. Et du coup on s’emmerde sévère.

Un coup d’oeil à l’itinéraire vous suffira à comprendre que ce ne sont pas les paysages traversés qui vont nous rendre le trajet plus court.

La route est d’autant plus un calvaire pour moi qu’on traverse le Nord-Pas de Calais, ma région natale. Et que je sais que je vais y avoir le droit, comme d’hab.  Tout y passe : « pédophiles, consanguins, cas-sociaux, et qu’est ce qu’ils nous font marrer à confession intime les nordistes et Kevin, tu veux pas t’arrêter manger une choucroute ? » J’ai depuis longtemps cessé de me tuer à expliquer que la choucroute, c’est une spécialité alsacienne, mais je sens quand même poindre une petite dépression nerveuse quand j’entends : « ah oui, l’Alsace, en Allemagne ». J’essaie de me débattre en soulevant que si un reportage sur The Decline sortait un jour, il aurait sûrement plus sa place dans Confessions Intimes que dans Tracks. Mais personne ne m’écoute et ça débat  maintenant sur quels départements français on pourrait rattacher à la Belgique pour en être débarrassés.  Top 3 : La Vendée, le Pas de Calais et la Mayenne.

Là j’ai vraiment envie de sauter du camion mais je me retiens. On traverse le Pas de Calais, faut pas déconner quand même. 

Deux ou trois analyses géopolitiques de haute volée plus tard, nous voilà à Vorselaar, ville Flamande sans intérêt où a lieu le festival auquel nous prenons part ce soir. A l’affiche il y a entre autres The Decline, ce qui est plutôt rassurant, Maladroit, Sonny Vincent et Discipline.

On nous montre les loges et j’apprends avec plaisir que nous allons les partager avec Sonny Vincent. Pour les plus jeunes d’entre vous, Sonny Vincent c’est comme Frankie Vincent, il vient d’une île. Manhattan en l’occurence. Qu’au niveau des textes, ça parle un peu moins de fruit de la passion mais plus de jungle urbaine. Et que c’est beaucoup plus électrique. Je me prends à rêver d’un duo puis j’ai la nausée. 

Mais Sonny Vincent c’est surtout un vieux de la vieille du punk-rock new yorkais et aussi le premier concert au Mondo Bizarro à Rennes que je suis allé voir de ma vie. Sans Sonny, je serais peut-être quelqu’un de bien en fait.  A cette époque, plein d’illusions, je ne savais pas encore que faire du punk-rock ça impliquait de cotoyer un canard bipolaire et si on m’avait dit que je jouerais avec Sonny Vincent 15 ans plus tard dans une salle des sports à côté d’Anvers, j’aurais eu comme un doute. Est-ce que ça aurait voulu dire que j’allais réussir ma vie ou que ce bon vieux Sonny avait un peu foiré la sienne ? J’ai encore le vertige, faut vraiment que j’arrête de réfléchir. Ca doit être possible à en croire mes camarades/

La réponse à ma question m’est de toute façon apparue à la fin du troisième morceau de notre set, quand 5 des 57 personnes présentes ont daigné applaudir. Si j’avais su parler flamand et lire sur les lèvres, j’aurais sûrement pu lire « ces mecs sont gays ou quoi ? » sur les bouches pourtant peu expressives de notre public. Du coup le set est long. Très long. Et Ced pète sa basse. Ou son ampli. Ca n’a plus trop d’importance en fait. On n’a qu’une envie, descendre de scène et laisser la place à DISCIPLINE !

 

Discipline, tout le monde dans la salle est là pour eux, et effectivement, en terme de virilité, on a beau avoir un champion et un vice champion de musculation dans le crew, on ne soutient pas la comparaison. Les gars sont massifs ce qui explique peut être pourquoi on a accepté de leur prêter le matos. Ou alors c’est peut être qu’on est sympas. Je me dis au passage que si le bassiste a besoin d’un médiator, il pourrait presque se servir de Tonio pour gratter ses cordes. Du coup, on se contente en guise de vengeance de se foutre de leur gueule (discrétement, on est pas si fous). En même temps y a de quoi, leur son c’est de la Oi sans intérêt à tendance bovine. Aucne classe. Et puis ce nom : Discipline. Le punk rock prend un sacré coup dans la tronche le jour où des mecs décident d’appeler leur groupe discipline non ? J’imagine le gazier tout fier qui arrive en répète (ou en salle de muscu plus probablement) avec l’idée : « les gars, j’ai une idée du feu de Dieu ! faut absolument qu’on s’appelle Discipline, c’est le concept qui nous caractérise le plus ! Toute l’essence du groupe en un mot. Je sais les gars, je suis un génie. Allez, hop, 100 pompes pour tout le monde» N’importe quoi. Je ne peux m’empêcher de me dire que si on avait raisonné comme ça, on se serait appelé Kermesse nous… 

Le seul truc tristement original avec ce groupe c’est que leur chanteur d’origine est en prison à l’heure actuelle, pour avoir tué sa femme puis brûlé sa maison. L’histoire ne nous dit pas (personne n’a mis le sujet sur le tapis en même temps) la raison de la querelle mais vous conviendrez que c’est une façon bien radicale de régler un différend conjugal , quand bien même le dialogue se trouvait dans un impasse. J’ai une petite pensée émue pour la défunte qui dans son malheur, n’aura plus à supporter les concerts de Discipline. Et après 10 minutes de set, j’en viens presque à l’envier (mes excuses à la famille hein).

 

C’est en me disant que finalement, j’étais bien content de jouer dans Kermess… euh The Decline, que je remonte  dans les loges. J’y trouve Sonny Vincent et ses punks New Yorkais, qui pour leur dernière date de la tournée ont décidé demander à l’organisation (moyenne d’âge 20 ans) de leur trouver des amphétamines. Si une partie de moi-même convient qu’il s’agit là d’un déplorable exemple pour la jeunesse flamande (qui doit quand même déjà composer avec une langue désagréable au possible), je ne peux m’empêcher de trouver ça sacrément folklorique qu’un punk new-yorkais se drogue à côté de moi dans une salle des sports. Je sais, je suis un incorrigible romantique.

Pour résumer la fin de soirée, on mate le concert de Maladroit, je dis à Sonny Vincent que je l’ai vu au Mondo Bizarro et qu’en quelque sorte c’est grâce à lui que je suis là, ce qui lui en touche une sans faire bouger l’autre (il aurait pu s’excuser merde, j’avais rien demandé moi!), on danse comme des guignols pendant le DJ Set et on rentre chez Jonas, l’organisateur. Enfin chez ses parents qui auront la joie de prendre le petit déjeuner avec nous plutôt qu’avec Discipline.

Et ça n’a pas loupé, ils nous ont trouvé charmants. Sûrement dû au fait que Canardo le gendre idéal a pris l’initiative de débarrasser la table parce que s’ils avaient parlé un peu Français, ils nous auraient trouvés beaucoup moins distingués. Je vous laisse juge :

Cedric : comment dit on merci en flamand ? (comme s’il en avait quelque chose à foutre)

La petite sœur de 17 ans tout au plus : Dank Ku (je la revois dans toute son innocence)

Cedric : ah bah t’es directe toi dis donc !

La petite sœur : … (je crois qu’elle a compris qu’il était mieux pour tout le monde qu’elle ne comprenne pas. Et si elle a compris un truc, c’est que peut-être les garçons ne sont pas aussi chevaleresques que prévu. C’était peut-être un peu tôt à en croire ses yeux perdus dans le Gouda).

 

 

Peu regardant sur le fou rire qui s’en est suivi, les parents nous disent adieu non sans nous offrir des Dafalgan et 4 citrouilles. Je ne cherche plus à comprendre. Goose nous donne au débotté la recette du velouté à la citrouille. Je me dis à moi même qu’on ne se parle décidément pas assez dans ce groupe pour qu’il pense que ça puisse vraiment intéresser l’un d’entre nous. Et en route pour Bruxelles, bien décidés à oublier le concert mitigé de la veille.

Nous jouons au Magasin 4, une salle d’au moins 500 places. A Bruxelles. En tête d’affiche. Y a rien qui vous choque ? Bon, c’est vrai, ça marche pas trop mal pour nous, on a notre petit public, à Rennes ont te remplit le Mondo un samedi soir, je dis pas. Mais une salle de 500 personnes à 800 bornes de chez nous, c’était pas un peu ambitieux ?

Réponse : bien sûr que si. Une brève enquête nous permet de trouver le coupable : Kalchat, notre tourneur, qui a dû un peu surestimer notre côte de popularité à Bruxelles. Ou alors se fout clairement de notre gueule. On accuse le coup une demie-heure et pis on décide de prendre ça à la rigolade.  Je retrouve même le moral en me disant que ça pourrait être pire, je pourrais être en prison pour avoir brûlé ma conjointe (non chérie, c’était juste pour dire. Mais non je n’ai pas l’intention de te brûler. Aude, ma puce, LACHE CE BRIQUET!!!)

Donc nous jouons devant 15 personnes. Pour prendre un exemple local, jouer devant quinze personnes dans une salle de 500, c’est un peu comme le Mannekenpis qui déciderait de se lancer dans le porno et passerait après Rocco. On peut prendre du plaisir quand même mais on se sent un peu perdu là dedans. 

Pourtant, incroyable, les 15 personnes présentes répondent à mort et magie de la scène, on se réveille et on fait un bon concert. Alors on y va avec la fougue de la première fois en se disant que ça se passe pas si mal et on en conclut que c’est pas la taille qui compte. Prends ça Discipline !!!!

Voilà, le reste n’a plus trop d’intérêt puisque, bossant le lendemain matin à Rennes, je nous oblige à rentrer dans la nuit.  

Je m’endors direct et je m’ éjecte du camion pour mon lieu de travail 8h plus tard. Sans transition.

Quelques heures plus tard, les conversations vont bon train pendant la pause café. Week-end en famille, mariage de la frangine, tout y passe, je sens que ça a déconné sévère ces derniers jours dans l’équipe. Je dois avoir une petite mine parce que on me demande : « t’as fait quoi toi pour avoir cette tête là ? ». « Ben écoute Geneviève rien de bien foufou, je suis parti avec un canard déviant sur les routes de la Belgique où j’ai rencontré un new yorkais sous amphétamine et Discipline, c’est un peu comme Johnny mais où Johnny aurait brûlé Laetitia et du coup serait remplacé par Eddy Mitchell. Et j’ai appris quelques bribes de flamand. Et j’ai ramené une citrouille sinon. Tranquille quoi. »

Enfin c’est ce que j’aurais aimé dire mais pour Geneviève, le comble du fun c’est de faire le chemin de Compostelle pendant ses congés avec sa copine Germaine. Alors j’ai préféré répondre par « Oh, une vilaine crève, c’est mal isolé chez moi ». Ca a semblé lui convenir.

 

Kev

 

 

P.S. : pour les nombreux fans d’Antoine notre batteur, qui s’étonneraient de sa non présence dans ce report. Rassurez vous il était là. Et s’il n’est pas cité, c’est flatteur pour lui, c’est qu’il joue bien de la batterie, dort, mange, est agréable avec ses camarades de routes et a pour sujet de conversation favori la musique. Nous ne te méritons pas Antoine.

 

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A propos thedeclinepunkrock

The Decline ! was born in 2009 in Rennes (Britanny, France), Their first EP, « An old indian cemetery », released in the middle of 2010, shows what it is all about : genuine punk-rock music with a folk and country flavour. Their first full length "Broken hymns for beating hearts" is a mix between punk rock and acoustic folk tunes.
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2 commentaires pour KERMESSE 1 DISCIPLINE O – CANARD JOUE COMME FLAMAND PEINE

  1. douls dit :

    Franchement solide ce blog.
    Continuez les gars.
    Le punk francais de Norwich

  2. laga dit :

    un gras report!
    le canard bipolaire ahahah
    la bise les dudes
    laga

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